18 février 2017

Une soirée qui se prolonge ... pour notre bonheur

Nous ne nous croisons qu'en de rares occasions, mais c'est toujours un plaisir non dissimulé que nous nous sommes expatriés en ce samedi soir dans le département voisin pour une soirée entre amis ... qui a duré une très grande partie de la nuit.
Quelques impressions sans prise de notes, d'un repas et de vins anthologiques.

En apéritif, accompagné de tuiles au parmesan et de "sandwich" de St Jacques
Champagne Tarlant, cuvée Louis : ce magnum composé de Chardonnay et de Pinot Noir en parts égales se révèle un très beau champagne très vineux, une belle vivacité et une pointe semi-oxydative du plus bel effet (pommes au four / pamplemousse pomelos). Impression complexe, sur un équilibre sec mais avec une suavité et une légère rondeur avenante. Amers nobles superlatifs (sur la noix verte). Aucune trace de dosage pour mon palais peu habitué aux bulles. Excellent

Avec des toasts de foie gras
Sauternes, château de Fargues 2002 : magnifique nez rôti, une vraie confiture de botrytis, des aromes exotiques sur l'ananas poellé, les fruits secs / confits et le raisin de Corinthe. Bouche complètement en accord, ronde, douce et … étirée par une acidité de structure imposante, mais totalement intégrée. Equilibre magistral, sur un fil. Accord presque parfait avec le foie gras (qui l'eût cru!). Ca claque sur la langue en finale. On frise l'Exceptionnel

Avec des côtes de veau au four (rosées comme il faut, je vous dis pas !), et une sauce base champignon digne d'un étoilé
Clos Vougeot Grand cru, « Près le Cellier », 2009, domaine Méo-Camuzet : un nez qui pinote et qui envoie de la puissance. On décèle de suite le côté profond, réglissé et cassissé de la côte de Nuits … sur les fruits noirs. Velours suave en bouche, quelques tannins encore anguleux, mais l'ensemble est déjà très joli et prometteur. Un air de famille avec le Gevrey, mais plus de charpente. Excellent + (+)
Côtes du Roussillon villages, le Clos des Fées 2011, Hervé Bizeul : un nez qui grenache. C'est méridional, très jeune et encore un peu trop tannique à mon goût, mais la construction est même constat de jeunesse, mais le vin est franc, droit, porté par une acidité qui lui permettra un vieillissement harmonieux. Potentiellement excellent

Avec les plateaux de fromages
Champagne Grand cru, Clos des Goisses 1998, Philipponnat : un grand champagne, sur la finesse, des notes semi-oxydatives au nez et une impression de vivacité. En bouche, c'est un grand cru ! Enveloppant sans lourdeur, vif sans astringence, notes évoluées / oxydatives sans cette sensation d'alcool à brûler, une évolution équilibrée et une tonicité de bon aloi. Excellent +

Avec le dessert sur une base vanille GC / chocolat blanc / amandes de Philippe Conticini
Vin de France liquoreux, Passat Minor 2012, le Clos des Fées : Pas trop de souvenir de ce vin, hormis que la bouche est complexe, à la fois muscatée et moelleuse, une finesse sur l'abricot bien mur, et une acidité complètement fondue dans la structure. Très Bien
Et pour ne pas repartir sur une seule jambe, un Champagne Grand cru, Veuve Cliquot Ponsardin, 2002, Vintage Rich : est-ce l'heure tardive ou la saturation, mais je suis passé à côté de ce vin. A revoir par des papilles plus expertes sans doute.
Ce fût une très belle soirée. Un grand merci à nos hôtes d'un soir et à très bientôt en terres "républicaines".

Bruno

11 février 2017

Parce que 2015 !

Parce que la commande des 2015 vient d'arriver et qu'Eric Janin m'a offert 3 bouteilles, j'avais envie de tester un Moulin à Vent, Vignes du Tremblay 2015 : P. c'est très très jeune mais ça envoie. Puissant, riche, super tannins, très grande acidité déjà équilibrée par la structure et fruité intense sur les fruits noirs (cassis, . RDV a la retraite pour l'apprécier a sa juste valeur (enfin, si le marquis des rillettes de la Sarthe se prend une tôle). Excellent aujourd'hui. Exceptionnel dans l'avenir.

5 février 2017

Le Salon des Vins de Loire 2017


Le cloître Saint Jean

Dernière étape ligérienne, avant une remontée sur Paris, le traditionnel Salon des vins de Loire qui, cette année, ouvre ses portes dès le dimanche.

Dans l’ordre des dégustations, quelques impressions prises sur le vif.

Domaine Vincent Gaudry
Alléché par une bouteille bue au restaurant la veille, confirmation d’une gamme qualitative et d’un vigneron très accueillant, qui transpire l’amour du terroir et du bon vin.
Sancerre, Tournebride 2015 : floralité, approche variétale légèrement vanillée. Belle tension en bouche, nourrie par une aromatique gourmande. Fins amers sur la finale. Très Bien (+)
Sancerre, Vieilles Vignes 2015 : plus de profondeur et de vinosité au nez, de la structure en bouche, belle salinité prononcée et finale séveuse. Très Bien +
Sancerre, Constellation du Scorpion 2015 : finesse et floralité au nez, énorme tension salivante en bouche, complétée et complexifiée par un gras très avenant, particulièrement sur la finale d’une grande et belle empreinte. Excellent
Sancerre, Pour vous 2015 : atypique mais beau. Attaque en bouche très ronde, sur une aromatique bien développée. Finale veloutée, laissant presque une sensation de sucres. Très Bien +
Sancerre, Désirée 2015 : un vin sur la même construction que le précédent, sans doute déjà dans une phase de fermeture. Sans doute à revoir
Sancerre, à mi chemin 2014 : nez plutôt variétal, vif. Bouche tendue, avec une empreinte fine et légèrement poudrée en finale. Très Bien +
Sancerre, Vincengetorix 2015 : un « faux maigre ». Beaucoup de fruit au nez, sur une base légèrement fumée. A l’aération, l’aromatique se développe. Gras, glycériné et de la mâche. Belle finale, avec une pointe d’amers nobles. Excellent
Sancerre, Garennes 2015 : un nez très mur, sur les fruits et l’aromatique, sans sensation de lourdeur. Notes épicées bien présentes. Bouche soyeuse, réglissée, profonde et fruitée. Grain tannique superlatif et empreinte tellurique marquante. Excellent (+)

Dominique Roger (domaine du Carrou)
Vins précis, vigneron méticuleux, belles définitions des terroirs. De vrais vins de gastronomie, loin des clichés « pipi de chat du sauvignon » et « raideur du pinot sancerrois ».
Sancerre, domaine 2016 : fruits mûrs au nez, de la mâche, des tannins crémeux, pour une gourmandise ultime. Belle acidité de structure. Très Bien (+)
Sancerre, domaine 2015 : du fruit un peu plus acidulé et fumé, une bouche plus tendue et une forte rémanence. De la mâche et un grain tannique bien défini. Très Bien +
Sancerre, la Jouline 2016 : impression d’élégance et de potentiel de structure. Bel équilibre pour une bouche déjà enrobée. Sensation de poudre de pinot en finale. Très Bien ++
Sancerre, la Jouline 2015 : finesse, fruité et réglissé, plus sur un équilibre de fruits noirs. Très belle acidité déjà partiellement intégrée, tannins élégants, semi-fondus. J’adore. Excellent (+)
Sancerre, la Jouline 2014 : un côté 2015 plus fermé, une maturité plus appuyée et un beau fruit au nez. En bouche, plus confituré que le 2015, malgré une acidité analytiquement plus élevée. Finale persistante, sur de beaux amers. Très Bien ++
Sancerre, la Jouline 2014 : un côté 2015 plus fermé, une maturité plus appuyée et un beau fruit au nez. En bouche, plus confituré que le 2015, malgré une acidité analytiquement plus élevée. Finale persistante, sur de beaux amers. Très Bien ++
Sancerre, domaine 2014 : un vin plus léger, mais très agréable. Peut-être un léger manque de fruit et d’acidité, qui rend le vin plus « massif ». Très Bien
Sancerre, domaine 2013 : vin serré, pas en place aujourd’hui. J’y ai décelé un manque de chair. A revoir
Sancerre, la Jouline 2013  (Magnum) : plus de rondeur et de structure. Tannins certes anguleux mais juste comme il faut. Claquant en final. Très Bien +
Sancerre, domaine 2016 : fruité intense sur les agrumes, explose au nez. Joli gras élégant en bouche, belle tension. Très Bien +
Sancerre, Chêne Marchand 2016 : moins immédiat et plus fermé, mais gros potentiel. Bouche tendue par une amertume vivifiante. Potentiellement Excellent
Sancerre, la Jouline 2016 : très vineux au nez, sur une assise citronnée. Complexe en bouche, ciselée par l’acidité et un enrobage de gras justement dosé. Persistance sur de beaux amers nobles. Excellent (+)
Sancerre, domaine 2015 : nez citronné, finement minéral. Fausse impression de légers sucres. Belle salinité, presque perlante. Très Bien (+)
Sancerre, Chêne Marchand 2015 : très grand vin en potentiel, charpente grasse, tension élégante et finement dosée, salinité salivante et persistante. Finale à l’avenant. Excellent +
Sancerre, la Jouline 2015 : vinosité, minéralité intégrée, structure en bouche presque « tannique », empreinte grasse et tendue et fraîche en finale, amers nobles. Tout est présent. Excellent +(+)
Sancerre, domaine 2014 : on retrouve une opulence liée au millésime. Tension présente pour un vin manquant un peu d’élégance. Très Bien
Sancerre, Chêne Marchand 2014 : sur des bases similaires, avec toutefois une définition plus fine et plus élégante. Très Bien +
Sancerre, la Jouline 2014 : l’empreinte des vieilles vignes alliée au caractère du millésime. Le vin semble ne pas vouloir se livrer. Très Bien
Sancerre, Chêne Marchand 2013 : vinosité, salinité et belle tonicité acidulée. Amertume bien présente en finale. Excellent
Sancerre, domaine 2012 : un vin simple, mais opulent avec de la tension et une forme de légèreté de construction. Très Bien +(+)
Sancerre, la Jouline 2012 : superbe structure complexe, déjà bien fondue, de l’acidité, une pointe de salinité alliée à un gras élégant. Vibrations sur les amers en finale. Excellent +(+)

Arnaud Lambert (domaine de St Just et château de Brézé)
Sérieux, décontraction et intégration de plus en plus optimale des caractères de chaque terroir. Une gamme de rouges cette année au top, les blancs ne sont pas en reste. Difficile de ne pas craquer une nouvelle fois …
Saumur, clos du Midi 2016, château de Brézé : finesse et tension du chenin, minéralité salivante, tension et belle vivacité. Vin de copains oui, mais vin élégant. Très Bien
Saumur, coulée de St Cyr 2014, domaine de St Just : belle structure florale et vanillée. Un peu d’opulence mais la tension vient rétablir un juste équilibre. Salivant en finale. Très Bien (+)
Saumur, clos David 2014, château de Brézé : superbe structure, complexe, à la fois sur la finesse, la tension et l’opulence. Tout est déjà bien intégré. Un équilibre semi-oxydatif, signe des grands chenins, est perceptible. Quelle finale. Excellent (+)
Saumur, clos Mazurique 2016, château de Brézé : du fruit rouge, de la profondeur, de l’immédiatement. Belle marque en bouche, ciselée et tendue pour cette « entrée de gamme ». Très Bien +
Saumur-Champigny, la Montée des Roches 2014, domaine de St Just : nez sérieux sur les fruits noirs, intenses et profonds. En bouche, c’est du velours, sur une structure sérieuse. Puissance maîtrisée et allonge élégante. Excellent +
Saumur, clos du Tue-Loup 2014, château de Brézé : plus terrien, avec de la mâche. L’ensemble demande aujourd’hui à se fondre. Très Bien
Saumur-Champigny, clos Moleton 2011, domaine de St Just : superbe fin presque accompli. Quel grain tannique en bouche, quelle acidité maîtrisée, même si l’élevage est encore un peu présent. Crémeux et tendu, ce vin est interminable. Excellent +
Saumur, clos de l’Etoile 2011, château de Brézé : maturité au nez sur des notes torréfiées et de moka. Corpulence optimale en bouche, avec une belle acidité et des tannins superlatifs, sur la finesse et une sorte de crémeux de plus bel effet. Excellent +(+)

Domaine Frédéric Mabilleau
Confirmation du niveau de la gamme des blancs, depuis notre découverte du millésime 2010. Chenin du Puy 2014 nous attend …
Anjou, chenin des Rouillères 2016 : un nez très citronnée, une impression de gaz qui gène un peu. Bouche par contre très bien définie, vive et tendue. Pas de gras opulent. Très Bien +
Saumur, chenin du Puy 2014 : très beau nez, frais, tendu, sur une floralité élégante. Superbe bouche toujours sur un registre floral, mais complexe, à la fois enrobée et allongée. Empreinte sur des amers nobles en finale. Excellent +
Sans les mains 2015, Pineau d’Aunis : nez sur le poivre doux et des notes anisées fraîches et aériennes. Bouche qui révèle une tannicité modérée mais très belle, sur les fruits rouges acidulés et des notes poivrées fines. Demi-sec en finale. Très Bien +

Salon calme ce dimanche, pour notre plus grand plaisir. Sélection très réduite, mais de beau niveau. Aïe, mon porte-monnaie va surement encore en prendre un coup.
Vivement l’année prochaine, en espérant que les salons de vignerons survivent aux salons plus commerciaux.

Bruno

4 février 2017

Quel dîner au restaurant Favre d'Anne à Angers (49)

Après une première expérience déjà réussie sur les bords du Maine, nous avions décidé de retourner au restaurant Le Favre d'Anne à Angers, installé maintenant sur les boulevards extérieurs, à une portée de marche de la place du Ralliement.
Après un rapide conciliabule, nous optons pour le Menu « Envolée des saveurs », composé comme suit :

Amuse-bouche …

Saint-Jacques, Grenade, pâte de Betterave et Pickles, Beurre d'Agrumes …
Sur les marchés de Kyoto

Bar Sauvage, Bouillon de Crevettes à la feuille de Citron, Tartare d'Huîtres et Epinards…
En traversant la Baie d'Halong et Hanoï

Foie Gras chaud, « Crispy », Salsifis et crémeux de Dattes, jus de Porc Belly…
Une Escale colorée à Taipei

Suprême de Pigeonneau, Poudre de Cacao, Panais et Passion, « Dim Sum » …
Ballade dans les ruelles de Pekin

Un détour par Manigod
Plateau de fromages de « ma Savoie natale » - Fromages affinés par Jean-François Paccard

Douceurs angevines … avec ce classique Crémet d’Anjou.

Atterrissage sucré … avec cette composition sur une base Chocolat / Moka / Sablé

Pour accompagner le repas, nous avons choisi :

Anjou, Authentique 2008, domaine Catherine et Philippe Delesvaux : robe or bronze, brillante, malgré une légère turbidité. Premier nez très évolué, qui évoque, par son côté champignonné, les vins oxydatifs du Jura. Mais à l’aération, le terroir reprend le dessus, avec une impression de tension, de minéralité carbonifère, toujours sur un équilibre secondaire, voir tertiaire. La bouche est complètement en accord. Le vin présente une grosse acidité qui détermine une belle tension. Les arômes tertaires sont présents, sous la forme de peaux de noix verte, de poudre de curry, avec une sensation, j’allais dire douce alors que le vin est sur un équilibre totalement sec ! Au travers de ces caractéristiques, pointe toujours le côté cristallin du franc de pied, en direct du terroir en quelque sorte. Sur la finale, interminable comme il se doit, on retrouve cette puissance, ce côté enrobé, une sorte de « faux gras » glycériné, qui laisse une trace presque indélébile sur nos papilles. Quelle fraîcheur. Es smeckt gut comme on dit de l’autre côté du Rhin. Anthologique !
Je crois que je me dois de faire maintenant mon coming out : j’aime les vins sur l’oxydatif. C’est grave docteur ?
Avec le foie gras et le pigeonneau, ne connaissant pas trop les domaines proposés à la carte, nous avons sollicité les conseils de Madame Favre d’Anne. Bien nous a pris.

Sancerre, le Sang des Serfs 2011, Vincent Gaudry : robe rubis très intense et plutôt soutenue. Un nez qui pinote clairement, sur une corbeille de fruits rouges et de fraises écrasées, révélant une grande maturité, une pointe fumées (typique du pinot berrichon) venant compléter l’ensemble. En bouche, le vin se présente dans un équilibre déjà évolué. Si le fruité est toujours bien développé, quelques notes empyreumatiques apportent un supplément de complexité. Granulosité juste des tannins (toucher de bouche soyeux), qui se conjugue avec une belle acidité intégrée, et une finale qui montre un côté glycériné élégant. Accord à la fois réussi avec le foie gras poêlé (ce n’était pas gagné d’avance) et surtout avec la chair tendre et rosé du pigeonneau. Un vin complexe, semi-fondu, avec un potentiel de vieillissement et d’évolution important. Excellent +
Pour finir le repas sur une note douce, mais en avait-on réellement besoin tant ce dîner fût une succession de ravissements, nous avons une nouvelle fois fait appel à Madame Favre d’Anne qui nous a proposé un vin à l’aveugle.

Premier nez évident sur l’anis et un côté poivré qui m’évoque le pineau d’aunis. Mon congénère et néanmoins papy n’étant pas d’accord, nous recherchons un autre cépage. Belle tannicité en bouche, plutôt douce et peu puissante, belle et grande acidité de structure, équilibre faussement léger et demi-sec car supportant le dessert sur une base chocolat / moka. Excellent. Finalement, nous nous dirigeons vers un cabernet d’Anjou, un peu par défaut. Et là, la sentence tombe : il s’agit d’un … Pineau d’Aunis, Céleste 2009, château de Bois Brinçon (Xavier Cailleau). Particularité en 2009, les degrés étaient élevés et les levures se sont arrêtées avant d’avoir consommé tous les sucres. Résultat : un vin demi-sec élevé pour lui-même … et dont la presque totalité de la production a été achetée par le restaurant. Vous n’en trouverez nulle part ailleurs.
En conclusion, un très grand restaurant - plus proche des deux macarons que du simple macaron qu’il possède actuellement - avec cette cuisine qui associe avec succès les classiques de la gastronomie française et les influences orientales (à la manière du SaQuaNa par exemple). L’accueil est cordial, le service précis, la carte des vins très intéressante (quoiqu’un peu jeune), l’ensemble dessinant une originalité bienvenue, jusque dans les formes et les couleurs de la vaisselle.

Grande adresse, à prix qui savent rester sages, où nous reviendrons sans aucun doute.

Bruno