7 mai 2017

Une semaine en Alsace

A l’occasion d’une semaine de vacances en Alsace, quelques vins dégustés et bus.

Pinot Gris, Terroirs d′alluvions, 2012, Jean Geiler : Belle surprise pour ce vin offert par les propriétaires du gîte. Un nez très aromatique qui s′ouvre sur un beau fruité. Belle définition de bouche, quelques sucres résiduels bien dosés, une amertume fine et une corpulence mesurée qui ne cessera de se développer avec l′aération. Retour sur un miellé de bon aloi avec les fromages autochtones. Très Bien
Patrimonio 2009, domaine E. Croce (Yves Leccia) : premier nez animal, plus fourrure que viandé, complété par une corbeille de fruits de belle maturité. Finesse et élégance sont les maîtres mots. A l′aération, notes de garrigue, de thym, plus une touche d′amertume élégante. En bouche, c′est à la fois charpenté, puissant, tannique et élégant. Cette dernière qualité apporte une fraîcheur presque surprenante. Finale en plein accord, la belle acidité étirante le vin. Très très belle surprise. Excellent
L′Etoile, Chardonnay 2008, domaine Baud : Un nez complexe, alliant les classiques du chardonnay et un côté à la fois frais (sur le menthol) et un herbacé élégant. En bouche, belle structure droite, sans évolution, sur une amertume fine. Finale à l′avenant, qui marque bien la bouche, avec une fine connotation « jurassienne ». Retour ensuite sur les fromages. Sur une tome des montagnes des Vosges, le vin reste sur un même équilibre. Sur un Comté de noble origine, le vin se révèle complètement, et surtout différemment. Il acquiert une dimension « jaune » que je découvre (et apprécie) depuis peu. Corpulence développée, bouche qui éclate, acidité et jaune en complète synergie. Excellent

Montlouis, Remus Plus 2012, domaine de la Taille aux Loups (Jacky Blot) : nez superlativement aérien et floral, avec un complément de fine minéralité. En bouche, le vin est plein, complexe, à la fois tendu et acide d′un côté, rond et avenant de l′autre. A l′aération et au réchauffement, toutes ces qualités se développent pour dessiner un grand vin : corpulent, élégant, fin, aérien sur une belle aromatique minérale. Finale qui enserre la langue, avec une expression ligérienne décuplée. Du travail d′artiste sans conteste. Excellent + (+)
Anjou blanc, Authentique 2013, Catherine et Philippe Delesvaux : profondeur et cristallinité caractérisent ce vin. Un nez sur une belle minéralité, fin, profond et floral. Ca « brèze » un peu (cette senteur semi-oxydative que l′on rencontre très souvent sur les Saumur Brézé, et par extension sur les grands chenins). En bouche, une complexité associe la tension du cépage, le substrat minéral du terroir, la réserve d′acidité de ce vin jeune et un gras parfaitement intégré. Tout est déjà en place, et pour de longues années encore. Finale en plein accord, vibrante sur la langue, avec une oscillation incessante entre l′amertume noble et l′acidité.  Excellent + (+)
Gevrey-Chambertin, premier cru Lavaux St Jacques 2001, Denis Mortet : un grand nez de pinot à l′ouverture de la bouteille, mais qui va peu à peu se gommer pour des notes telluriques assez intenses. On est clairement en Côte de Nuits, et clairement sur Gevrey (fruits noirs très murs, réglissé, grain tannique au nez). En bouche, le vin est bien construit, mais sans doute pour moi un peu « too much », une sorte de sur-extraction poussée. Je reconnais malgré tout le potentiel de vieillissement encore important, avec une acidité et une amertume bien présentes, jusqu′à une finale bien marquée. Très Bien

Banyuls Grand Cru, cuvée Henri Vidal 1974, Cellier des Templiers : Un vin de rancio noble sur lequel je manque de repères analytiques. Sucres intégrés dessinant un velouté qui a du relief, notes oxydatives sur la noix et les pruneaux, grande et belle acidité, touche d′amertume et grande persistance sur la finale. Excellent
Chablis Grand Cru les Preuses 2008, cave de la Chablisienne : Nez chablisien typique, tendu et minéral, des touches d′agrumes (oranges et citron caviar). Bouche déjà bien dessinée, une pointe de vanillé encore présente, vite remplacée par une force tellurique sur les amers, grande corpulence tout en restant fin (par rapport au Grand Cru Grenouilles de la maison, on ne rencontre pas la sensation de tannicité). Finale étirée. Un potentiel de vieillissement certain (au moins 5 ans). Excellent (+)
Mosel-Saar-Ruwer, Riesling Auslese, Bernkasteler Lay 1998, Weingut Jos. Jos. Prüm : un auslese bâti sur la finesse et l′élégance ultime. Nez plutôt réservé, sur les fruits exotiques, une pointe rôtie de botrytis. Bouche fine et ronde, avec un équilibre assez remarquable. L′acidité élevée (analytiquement) et les sucres abondants sont en complète synergie, pour une finale d′une allonge exceptionnelle, sur la finesse. Excellent

Barbera d'Alba, Conca Tre Pile 2005, Podera Aldo Conterno : un vin de bourgogne au pays de Verdi. Nez intense, profond et charpenté, sur les fruits noirs, riches et matures. Impression de finesse et léger fumé en complément. Bouche structurée, sur les fruits, le fumé, la maturité et une acidité d′abord mordante (surtout en finale), puis s′intégrant avec l′aération. Une amertume noble complète l′ensemble, pour dessiner une finale traçante, énergique et élégante. Excellent (+)
Meursault, premier cru les Genevrières 2005, Pierre Morey : Pour ceux qui me connaissent et qui connaissent un peu mon histoire : vous allez rire. Bouchon !
Vin de Pays de Corrèze, Vin paillé 2006, EARL de Farges : A l’ouverture, une sorte d’oxydation / de piqûre. Constat similaire en bouche. Pas de plaisir

 
Château-Chalon 2000, Jean Macle : Passé un premier nez sur la réduction !, alcool à brûler, le vin se révèle sur une structure puissante et très jeune. Notes de noix verte, de fruits secs, un léger soupçon de curry. En bouche, c’est très puissant - mais élégant - et énergique, avec un retour de l’acidité en milieu de bouche. Finale avec une magnifique empreinte sur la peau de noix, l’amertume saline vibrante et une réserve d’acidité qui étire le vin. La langue est tapissée de notes glycérinées et épicées. Superlatif.
Le lendemain, disparition complète des notes acides, au profit d’une complexité superlative. Noix, curry, pointe fumée, une touche d’épices, évoquant presque la syrah. Longueur et puissance superlatives (encore !). Anthologique
Condrieu, Coteau de Vernon 2006, domaine Georges Vernay : Curnonsky avait oublié le Coteau de Vernon dans sa liste des 5 grands blancs de France. Association entre une opulence fruitée et exotique, sur l’abricot et les fruits exotiques, une réserve d’acidité énorme, une minéralité intense, sur une belle granulosité, une amertume noble et une allonge superlative. Pointe fumée, du caractère et de l’allonge, une vivacité en finale. Anthologique (aussi)
Priorat, les Terrasses VV 2005, Alvaro Palacios : un mix réussi entre un fruité intense, léger fumé, pointe acide bien présente et vivifiante, et une charpente méridionale marquée, différente des vins italiens. Je manque un peu de repères, mais c’est très beau et d’une grande buvabilité.  Excellent

Languedoc Pic St Loup, Guilhem Gaulcem 2008, Ermitage du Pic St Loup : un vin résolument sudiste, sur des notes de fruits murs, une douce sucrosité, une acidité bien présente, des notes de garrigue et d’épices douces, et une amertume mesurée. Tannins abondants et déjà crémeux. Finale étirée et fraîche. Jeune et plein d’avenir. Très Bien + (+)
Saumur-Champigny, les Poyeux 2005, Clos Rougeard : Très joli nez, sur les fruits murs, une pointe fumée et cette impression de droiture du Cabernet Franc (poivrons murs). Bouche veloutée, de belle construction, élégante, du fruit, et se terminant par une acidité et une amertume de bon aloi. Excellent
Alsace Grand Cru Sonnenglanz, Gewürztraminer Vendanges Tardives 2005, domaine Bott-Geyl : un nez sur la rose, les litchis et les fruits exotiques, une pointe de curry et de fumé. Bouche corpulente mais élégante, saline, épicée à souhait, un taux de sucres élevé mais digeste. Finale claquante, amertume noble, épicée et vibrante. Excellent + (+)
Corton-Charlemagne Grand Cru 2008, domaine Vincent Rapet : un grand nez de chardonnay exceptionnel, sur la fraîcheur et la tension (menthe fraîche). Bouche à l’avenant, charpentée, construite sur une grande et noble minéralité, qui se retrouve jusque dans la finale. Acidité presque intégrée, amers nobles, un joli gras qui enrobe l’ensemble, une pointe réglissée apparaît à l’aération (plutôt sur le zan). La marque d’un grand vin, quoiqu’encore jeune. Exceptionnel
Place maintenant au régime !

Bruno

2 commentaires:

Francois Mauss a dit…

Ton commentaire sur le Gevrey de Mortet :

C'est un millésime du Denis lequel, à l'époque, était un peu critique sur la puissance du vin, tant il recherchait avant tout la finesse d'un Rousseau ou d'un Claude Dugat.
En fait, on a deux styles de Gevrey : ceux qui sont quasi noirs et puissants, avec un velouté d'anthologie, et ceux qui recherchent plutôt la finesse dont l'exemple parfait est celle des grands Vosne.
Cette diversité est majeure et elle permet surtout aux amateurs de choisir le style qui leur plaît.

Bruno Bosselin a dit…

J'ai gouté en 2 / 3 occasions les vins de Denis Mortet et cette impression de "sur-extraction" ne m'avait pas parue aussi marquée. Un problème de bouteille ? Un millésime qui ne s'y prête guère ?
Toujours est-il que, effectivement, le domaine est assez réputé pour produire des vins puissants, alors que mes références personnelles sont plus sur des vins élégants.
Heureusement tous les gouts sont dans la nature, et tous les vins existent pour contenter tout un chacun !